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La Vitesse et la Lenteur

By 25 janvier 2021 janvier 31st, 2021 No Comments

Il y a toujours un choix dans l’action. Choisir la vitesse pour exécuter une tache peut procéder de l’intelligence et de la maîtrise. Se hâter pour en finir, pour passer à autre chose, pour aussi oublier. Cependant la vitesse ne s’acquiert qu’après un lancer, un départ, une poussée, donc il faut la préparer. Lorsqu’un chat est prêt à bondir, c’est toujours après une concentration de son énergie, une mobilisation de tous ses muscles et de ses sens. Sans préparation, sans concentration, sans charge positive l’objet ne pourra être lancé, et la vitesse deviendra lenteur. Des lois naturelles régissent tout mouvement. Ainsi la houle en mer détermine sa puissance pour former la vague la plus haute, la plus puissante et la déferlante la plus monstrueuse qui s’abat sur la côte. La vitesse serait donc liée à la puissance, à une puissance en réserve pour libérer des accélérations aussi fantastiques que la Lumière, vitesse non dépassée jusqu’à présent (le soleil est le seigneur de toute puissance).

La force d’inertie peut engendrer la vitesse d’un corps quelconque ; Les forces d’inertie se décomposent généralement en deux composantes la force d’inertie d’entraînement et la force d’inertie de Coriolis. Paradoxe entre l’inertie et le mouvement, confusion de perception et pourtant vérifiée. L’immobilisme est donc une vitesse en suspens, non exprimée, non manifestée comme la poudre qui constitue l’explosif dans une cartouche qui propulsera la balle. Newton a mis en évidence tout mouvement qui colle à notre globe terrestre et nous empêchant de partir dans l’Espace qui frôle nos épaules et notre pensée. Gaspard-Gustave Coriolis a décrit la force inertielle non linéaire de l’accélération centripète et la force centrifuge. L’homme a toujours voulu enfermer la nature dans une équation, il a mathématisé son monde, le Monde que lui a donné la Création Universelle. Il semblerait à présent que son amour de la vie soit dépassé par cette envie grandissante de vitesse, il veut devenir un homme-obus en permanence. Pitoyable départ, pitoyable arrivée. Dans ce court trajet qu’il souhaite entre deux points non définis, il perd sa qualité de fils de l’Univers car il le trahit en prônant l’anti nature. Il se pourrait qu’il y ait un Dieu vengeur contre tous ceux qui transgressent la chose naturelle qui fait que le destin et l’équilibre s’accomplissent naturellement dans le Cosmos. Tout peut être aspiré par un trou noir qui néantiserait la force collective de la pensée humaine.

La Lenteur permet l’observation tranquille du soi et du toi. Boileau et La Fontaine auraient-ils raison encore plus que Emmanuel Kant ? L’humain oublie les conseils que lui ont suggérés les penseurs amoureux du monde qui les a créés, de cette femme Déméter, Δημήτηρ, au ventre si fécond qui les nourrit et leur donne son amour. Le corps de la femme a besoin de la lenteur des caresses que seuls les vrais hommes savent lui prodiguer. Hâtons-nous donc lentement !

La Lenteur requiert toute notre attention. Evitons les gestes incohérents qui pourraient déranger l’ordre naturel des choses de notre monde. Tout semble tourner autour de cette machine venue des profondeurs de l’Espace ; ce corps doté d’une pensée qui n’a cessé d’évoluer depuis sa création. Arrêtons-nous souvent pour contempler et goûter avec nos sens les choses qui bordent les chemins, ceux de la vie et ceux qui nous mènent quelque part, là où nous avons placé un espoir comme une borne brillante contenant un bonheur.

Ceux qui recherchent la rapidité ou ceux qui se confinent dans la lenteur désespérante perdent parfois la foi en eux, ce qui les fait reculer. L’immobilisme est la pire des choses pour l’être. Réduit à l’inactivité, enfermé dans la prison de sa propre pensée, l’homme moderne cherche à fuir vers des paradis artificiels. C’est peut être le constat d’un être inachevé, un prototype que Dieu a délaissé pour s’appliquer à d’autres créations presque parfaites, comme l’insecte dont la structure n’a rien avoir avec l’humain. Nous sommes vulnérables de par notre constitution, de notre corps fait d’os, de chair, de sang, d’organes complexes et nous avons toujours mal quelque part dans notre corps et dans notre pensée. L’insecte peut chuter d’une hauteur considérable sans que son anatomie en souffre ; il ne s’ennuie jamais et sait parfaitement ce qu’il a à faire pendant son existence. Son instinct sûr, ses perceptions hautement développées, sa résistance en font le plus adapté à cette Nature de la planète que nous croyons nôtre. Hélas ! Nous avons le pouvoir de bouleverser les écosystèmes, de détruire ce que bon nous semble, souvent  sans regret, ni remord. Nous sommes les maîtres incontestés de notre planète et nous léguons de génération en génération notre pouvoir.      

La Lenteur ou la vitesse ne sont que des états transitoires, quand il y a mouvement. La véritable immobilité n’existe peut être pas. Tout semble aller par deux dans notre monde, tout semble être duel, l’opposition comme la complémentarité. Mais il y a le fruit de la dualité, un fruit qui cherche un autre fruit pour recréer la dualité. La trinité semblerait fausser notre entendement et trahirait notre espèce. Au début de son histoire, l’homme comparable à l’animal, ne produisait de vitesse que par ses membres, ses gesticulations  et sa course produite par la peur ou la poursuite de la proie.  La lenteur l’a fait réfléchir et lui a servi pour l’observation. Les sens perçoivent bien mieux quand on agit avec lenteur. Le geste s’éteint, la respiration est retenue pendant que toutes les autres perceptions s’aiguisent. C’est l’attitude du chasseur quelle que soit sa proie. La pause, par contre, qu’elle soit réfléchie ou pas participe plutôt de la déconcentration ; c’est le repos forcé qui s’impose. Nous appliquons les mêmes règles aux engins qui nous transportent pour les faire se reposer et nous les examinons comme on examine notre corps et notre pensée après un travail. L’humain est condamné à réviser ses acquis, à faire fonctionner sa mémoire, sans ce travail en lui-même il pourrait perdre ses repères et errer indéfiniment dans la foule de ses semblables.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point : c’est le conseil que nous donne La Fontaine. Il est vrai que les animaux qu’on croit bête nous donnent parfois des leçons de sagesse. Partant de là, nos observations intelligentes nous ramènent à la relativité de toute situation. N’opposons pas les principes, concilions les au contraire. L’harmonie passe par différentes phases hautes ou basses. L’existence d’un individu ou d’un groupe d’individus pourrait s’inscrire sur une portée musicale. Il est vrai que l’épopée chantée par l’aède donnait la véritable dimension à l’Histoire. Un drame mis en musique est génial, l’opéra restitue tous les mécanismes de l’âme humaine. Ainsi la vitesse et la lenteur sont attachés à l’unique forme qui les produit : les phénomènes naturels, les engins de toutes sortes, les espèces peuplant la Terre, l’eau ou l’air. Leur force est duelle et le résultat peut être atteint par ces deux moyens. La Vitesse, l’Espace et le Temps sont liés et par dessus tout l’énergie qu’il faut produire.

L’aphorisme peut contenir cette vitesse et cette lenteur qui laisse à réfléchir, la contraction de l’idée en quelques mots qui masque l’immense richesse de la pensée. La main, l’œil et la pensée humaine face à l’ordinateur qui relie tous les cerveaux humains de la Terre à une vitesse inouïe et devient lui-même le cerveau le plus monstrueux créé par l’homme.

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